Archives de la catégorie ‘Propos et pensées divers’

Derrière la polémique

3 juin 2010 | Propos et pensées divers

Le livre de Michel Onfray, le Crépuscule d’une idole  déchaîne les passions ; le philosophe est voué aux gémonies  par les zélateurs de Freud, une bonne partie de l’intelligentsia et toute la cohorte des demi lettrés qui se gargarisent des subtiles analyses médiatiques faites sur le sujet. Le livre d’Onfray est-il aussi sulfureux qu’on le prétend ? Au-delà des discussions stériles qui portent sur le portrait au vitriol réalisé par Onfray sur le père de la psychanalyse, il faut noter que, par le passé, des critiques sévères ont été portées aux théories freudiennes. Que l’on songe par exemple à  des ouvrages comme   L’anti -oedipe, schizophrénie et capitalisme  de Deleuze et Guattari, qui a nourri une critique conceptuelle très puissante  du corpus freudien. Mais, à l’époque, ces livres ne circulaient que dans des cercles intellectuels et universitaires relativement restreints et les critiques adressées à Freud ne parvenaient pas jusqu’au grand public. Aujourd’hui, fait nouveau, une partie du grand public consomme de la culture et découvre le monde des idées dans des livres de vulgarisation rédigés à  son attention. Or, cela confine à la bouffonnerie quand on feint de découvrir ce que l’on savait déjà, et que l’on organise un cirque médiatique autour de révélations qui n’en sont pas. Les critiques de Michel Onfray et les diatribes de ses détracteurs ne sont pas intéressantes pour elles mêmes, mais comme signes et symptômes  d’une société qui confond pensée et marketing.

La philo pointe à l’usine

26 avril 2010 | Propos et pensées divers

La réflexion philosophique prend de plus en plus d'ampleur dans notre société et se décline sous différentes formes. Aux côtés des cafés philo et des universités populaires, se tiennent les ouvrages de vulgarisation et les magasines de presse spécialisés. On commence même à voir des consultants en philosophie qui interviennent dans les entreprises pour régler des problèmes de management, ou qui proposent à des particuliers de les aider à surmonter de mauvaises passes existentielles par le biais de l'interrogation philosophique. Bref, on s'aperçoit que la philosophie est à la mode et s'innerve dans toutes les cavités du corps social pour le meilleur et pour le pire. Gilles Deleuze en son temps ironisait sur la récupération du concept par la publicité. Mais aujourd'hui, la situation semble plus inquiétante, car c'est la philosophie qui se dirige vers l'entreprise pour en récupérer son esprit. Or le philosophe n'est pas seulement un technicien  comme le consultant en ressouces humaines. En philosophie, la poursuite des fins ne peut pas être détachée des outils conceptuels et des procédés intellectuels utilisés pour penser. En outre, contrairement à une discipline relevant des sciences humaines comme la psychologie, la philosophie ne procède pas comme une théorie tendue vers son objet ; elle ne s'effectue que par le mouvement vivant de la pensée. L'activité philosophique n'est pas à proprement parler commensurable ; il n'y a pas de définition qui rende compte de ce qu'est la philosophie, puisque sa définition n'apparaît que dans le mouvement de la pensée et à titre provisoire. Philosopher n'est ni appliquer une recette toute faite, ni  mesurer des résultats. Les braves gens, qui se piquent aujourd'hui de philosophie, risquent d'être sévèrement déçus,  s'ils recherchent les mêmes effets que ceux attendus naguère avec la psychologie et la religion. Ils n'auront ni l'illusion consolatrice de la première ni l'illusion explicative de la seconde.